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Calculer une marge commerciale et un taux de marge dans Excel

« Je fais 30 % de marge » : cette phrase, je l’entends souvent, et neuf fois sur dix mon interlocuteur ne sait pas exactement de quoi il parle. Marge commerciale en euros ou taux de marge en pourcentage ? Taux de marge ou taux de marque ? Ces nuances ne sont pas de la coquetterie comptable : elles changent directement vos prix de vente, votre positionnement et la rentabilité réelle de chaque produit. Un commerçant qui croit appliquer 35 % de marge alors qu’il calcule en réalité un taux de marque sous-tarife structurellement tout son catalogue, et l’écart se chiffre vite en milliers d’euros sur l’année. Voyons comment calculer proprement chaque indicateur dans Excel, sans confusion, en raisonnant toujours en hors taxes (HT) et en isolant la TVA à 20 % pour le seul affichage du prix TTC.

Les définitions, une bonne fois pour toutes

  • Marge commerciale = Prix de vente HT – Coût d’achat HT. C’est un montant en euros.
  • Taux de marge = Marge / Coût d’achat. Il rapporte le gain au coût.
  • Taux de marque = Marge / Prix de vente. Il rapporte le gain au prix de vente.

La confusion entre taux de marge et taux de marque est la source numéro un des erreurs de pricing. Retenez : la marge se mesure sur le coût d’achat, la marque sur le prix de vente. Comme le coût d’achat est toujours inférieur au prix de vente, le taux de marge est toujours supérieur au taux de marque pour un même produit. Un taux de marge de 50 % correspond à un taux de marque de seulement 33,3 % : si vous annoncez « 50 % » à votre banquier en pensant marque, vous lui présentez une rentabilité fausse. Choisissez votre convention, écrivez-la noir sur blanc en en-tête de votre fichier Excel, et appliquez-la sur toutes les lignes de votre catalogue.

Étape 1 : poser les données

Produit Coût d’achat HT Prix de vente HT
Article A 40 € 60 €
Article B 120 € 150 €
Article C 8 € 20 €

Étape 2 : la marge commerciale en euros

Si le coût d’achat est en B2 et le prix de vente en C2 :

=C2-B2

Pour l’article A : 60 – 40 = 20 € de marge.

Étape 3 : le taux de marge

Le taux de marge rapporte cette marge au coût d’achat :

=IFERROR((C2-B2)/B2, 0)

Pour l’article A : (60 – 40) / 40 = 0,50, soit 50 %. Formatez la cellule en pourcentage. Le =IFERROR(...) évite le #DIV/0! si un coût d’achat est vide.

Étape 4 : le taux de marque

Le taux de marque rapporte la marge au prix de vente :

=IFERROR((C2-B2)/C2, 0)

Pour l’article A : (60 – 40) / 60 = 0,333, soit 33,3 %. Même marge en euros, mais un pourcentage différent : c’est tout l’enjeu de ne pas confondre les deux.

Étape 5 : retrouver le prix de vente à partir d’un objectif de marque

Question fréquente : « Je veux 35 % de marque, quel prix de vente fixer ? » La formule inverse est :

=IFERROR(B2/(1-0.35), 0)

Pour un coût d’achat de 40 € : 40 / (1 – 0,35) = 61,54 € HT. Attention, appliquer un coefficient de 1,35 (méthode du « +35 % ») ne donne PAS 35 % de marque, mais 35 % de marge. C’est l’erreur classique.

Étape 6 : ajouter la TVA pour le prix TTC

Vos clients particuliers voient le prix TTC. Avec une TVA à 20 % :

=ROUND(C2*1.2, 2)

Soit 60 × 1,2 = 72,00 € TTC pour l’article A. Tous vos calculs de marge, eux, restent en HT. Si vous partez d’un prix TTC affiché en boutique et devez remonter au HT pour calculer la marge, la formule inverse est =ROUND(D2/1.2, 2) : un prix de 72,00 € TTC redonne bien 60,00 € HT. Ne mélangez jamais les deux univers dans une même colonne, sous peine de gonfler artificiellement vos marges de 20 %.

Cas pratique : un catalogue avec frais annexes

Dans la vraie vie, le coût d’achat HT figurant sur la facture fournisseur n’est pas le coût de revient complet. Il faut y ajouter le transport, l’emballage et les éventuelles remises obtenues. Reprenons un mini-catalogue où le coût d’achat « brut » se transforme en coût de revient avant calcul de la marge :

Produit Achat HT Transport + emballage Coût de revient HT Prix de vente HT Marge €
Article D 40,00 € 6,00 € 46,00 € 69,00 € 23,00 €
Article E 120,00 € 9,50 € 129,50 € 168,00 € 38,50 €
Article F 8,00 € 1,80 € 9,80 € 22,00 € 12,20 €

Si l’achat est en B2 et les frais annexes en C2, le coût de revient se calcule par =B2+C2 et la marge réelle devient =E2-D2 (prix de vente moins coût de revient). On constate que l’article D, qui semblait dégager 23 € de marge sur le seul coût d’achat, n’en garde que 23,00 € une fois les frais intégrés au coût de revient, mais son taux chute mécaniquement quand le dénominateur passe de 40 € à 46 €. Pour repérer d’un coup d’œil les produits dont le taux de marge tombe sous un plancher de 30 %, ajoutez une colonne d’alerte : =IF((E2-D2)/D2<0.3, "Marge faible", "OK").

Pour additionner la marge totale dégagée par une famille de produits, =SUMIF(FamillePlage, "Bureautique", MargePlage) agrège uniquement les lignes concernées. Et pour calculer un taux de marge global pondéré par les volumes vendus, =SUMPRODUCT(MargeUnitaire, Quantites)/SUMPRODUCT(CoutRevient, Quantites) donne le vrai taux moyen, bien plus juste qu’une simple moyenne arithmétique des taux ligne à ligne.

Synthèse comparative

Produit Marge € Taux de marge Taux de marque Prix TTC
A 20 € 50,0 % 33,3 % 72,00 €
B 30 € 25,0 % 20,0 % 180,00 €
C 12 € 150,0 % 60,0 % 24,00 €

Bonnes pratiques pour fiabiliser vos marges

Au-delà des formules, quelques règles de tenue de fichier font la différence entre un tableau de marges fiable et une source d’erreurs récurrentes. D’abord, séparez physiquement les données saisies (coûts d’achat, prix de vente, quantités) des cellules de calcul. Les colonnes calculées ne doivent jamais contenir de valeur tapée en dur : un seul montant figé et votre taux de marge moyen devient faux sans que rien ne le signale.

Ensuite, protégez vos colonnes de formules contre les divisions par zéro. Un coût d’achat manquant fait apparaître un #DIV/0! qui se propage dans toutes vos synthèses. Le réflexe =IFERROR(...) n’est pas un confort, c’est une sécurité indispensable dès que vous travaillez sur un catalogue qui évolue. Vérifiez aussi systématiquement le format des cellules de pourcentage : un taux affiché « 0,50 » au lieu de « 50 % » trahit un format numérique resté en standard.

Enfin, datez et archivez vos grilles tarifaires. Notez en en-tête la date d’application au format jj/mm/aaaa, par exemple « Tarifs au 01/04/2026 », et conservez les versions précédentes. Lorsqu’un fournisseur augmente ses prix ou que la TVA d’un produit change, vous saurez précisément depuis quand vos marges ont évolué, ce qui est précieux pour expliquer une baisse de rentabilité d’un trimestre sur l’autre.

Erreurs courantes

  • Confondre taux de marge et taux de marque. Annoncer « 50 % de marge » en pensant marque conduit à sous-tarifer. Vérifiez toujours le dénominateur.
  • Calculer la marge en TTC. La TVA n’est pas un revenu. Raisonnez exclusivement en HT pour la marge.
  • Appliquer un coefficient pour atteindre une marque. Le coefficient multiplicateur donne une marge, pas une marque. Utilisez la formule =Cout/(1-Marque).
  • Oublier les frais annexes. Transport, emballage, remises : intégrez-les au coût d’achat pour une marge réelle, sinon vous surestimez votre rentabilité.
  • Comparer des taux issus de conventions différentes. Si une ligne est en taux de marge et la suivante en taux de marque, votre synthèse est inexploitable. Une seule convention par fichier, indiquée en en-tête.

Pour aller plus loin

Pour calculer vos prix de revient complets et fixer des marges cohérentes, utilisez notre tableau de calcul du prix de revient, puis suivez vos marges réelles dans le tableau de bord d’activité.

Questions fréquentes

Marge ou marque, lequel utiliser ?

Le commerce de détail raisonne souvent en taux de marque (part du prix de vente), tandis que la distribution et l’industrie utilisent le taux de marge (rapport au coût). L’essentiel est de choisir une convention et de l’appliquer partout dans votre entreprise.

Comment passer rapidement d’un taux de marque à un taux de marge ?

La formule de conversion est =Marge=Marque/(1-Marque). Un taux de marque de 33,3 % équivaut à un taux de marge de 50 %.

Faut-il intégrer les remises dans le calcul de marge ?

Oui. Une remise consentie réduit votre prix de vente net, donc votre marge réelle. Calculez la marge sur le prix net après remise, pas sur le tarif catalogue.

La marge brute suffit-elle pour juger de la rentabilité ?

Non. La marge commerciale ne couvre que le coût d’achat. Il reste à absorber les charges fixes : loyer, salaires, charges URSSAF, assurances, amortissements. Une marge de 12 200 € sur un produit ne dit rien tant que vous ne l’avez pas confrontée à votre point mort. Reliez toujours votre marge à votre seuil de rentabilité pour une vision complète, et raisonnez en marge globale annuelle, pas seulement produit par produit.

À propos de l'auteur

Émilie Roux
Émilie Roux
Rédactrice & conseillère en gestion

Émilie Roux est rédactrice et conseillère en gestion. Elle transforme les règles fiscales et de gestion françaises (TVA, budget, trésorerie, cotisations URSSAF) en guides clairs, étape par étape, accessibles à tous.